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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:52

Genetique 2010

Selon l'art. 13 de la loi du 20 novembre 2007 sur l'immigration, issu d'un amendement de Thierry Mariani (UMP-Droite populaire) : « Le demandeur d'un visa (…) peut, en cas d'inexistence de l'acte de l'état civil ou lorsqu'il a été informé par les agents diplomatiques de l'existence d'un doute sérieux sur l'authenticité de celui-ci (…) demander l'identification par ses empreintes génétiques afin d'apporter la preuve d'une filiation avec la mère ».

L’ancien ministre UMP Charles Pasqua dans Le Parisien du 2 octobre, déclare « le choix des tests ADN n'est pas acceptable. Leur banalisation heurte les principes fondamentaux de notre droit et remet en cause des équilibres construits patiemment.(…) le texte sort de ce cadre en permettant de recourir au test ADN dans un cadre administratif. Cela nous rappelle de mauvais souvenirs, à nous, gaullistes. On sait l'usage qu'ont fait les nazis de la génétique »

Qualifiant l’amendement de « détail », le premier ministre François Fillon sera à son tour critiqué, en raison de l'usage de ce terme par Jean-Marie Le Pen au sujet des chambres à gaz « un point de détail de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale ».

Le 21 octobre 2010, le New York Times écrit que l'utilisation de la génétique peut se révéler utile seulement "pour déterminer la culpabilité et l'innocence en matière criminelle", mais n'a "aucune place légitime au sein du droit de l'immigration", et s'étonne que la France ne se souvienne pas des leçons imposées par son histoire : " les premières notions de pseudo-science du 'sang' ont été introduites dans le droit français sous l'Occupation, par les Nazis et leurs collaborateurs de Vichy, avec les conséquences tragiques que l'on connaît".

 

Après des débats houleux à l’Assemblée, le projet de loi est modifié, les tests ADN deviennent facultatifs, expérimentaux, réservés à la filiation avec la mère pour ne pas établir incidemment que le père ne serait pas le père biologique. Le 15 novembre 2007, le Conseil Constitutionnel limite encore sa portée « les dispositions ne trouveront à s'appliquer que sous réserve des conventions internationales » et ne sauraient « avoir pour effet d'instituer, à l'égard des enfants demandeurs de visa, des règles particulières de filiation qui pourraient conduire à ne pas reconnaître un lien de filiation légalement établi au sens de la loi qui leur est applicable ». Et finalement, le 13 septembre 2009, Éric Besson déclare qu'en raison du manque de moyens, des contraintes de délai et de l'émotion suscitée par la loi, il ne signera pas le décret d'application. Revenant sur le sujet le 11 septembre 2011, le conseiller du chef de l’Etat Henri Guaino assure : « On nous a reproché les tests ADN. Ce n'était pas une atteinte aux droits de l'Homme mais ce n'était pas conforme à notre tradition républicaine. Eh bien, les tests ADN ont été abandonnés »…

Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade, seule ONG habilitée à intervenir dans les centres de rétention déclare en septembre 2007, à propos des arrestations d’étrangers : « D'un point de vue d'une juste utilisation du français, rafle est le mot juste. Nous avons hésité à l'utiliser. Mais nous avons décidé de le faire de façon rare. Parce qu’il est chargé (…) il fait directement référence dans l’histoire française au régime de Vichy et la rafle du Vel d’Hiv. (…) On a vu réapparaître des rafles à partir de 2004 et 2005 avec la politique imposée par le ministre de l’Intérieur Sarkozy d’un objectif chiffré de reconduites à la frontière. Chaque préfecture étant astreinte à un nombre précis, à l’unité près, il était inévitable que les services utilisent des méthodes contestables, voire détestables. Ces rafles ont commencé quand les services de police avaient du mal à atteindre les objectifs, principalement à Paris, dans les quartiers à forte population étrangère, Belleville, Ménilmontant, quelques villes de région parisienne et les camps de rom, une ou deux par mois, plus parfois. (…) Pour permettre ces contrôles d’identité massifs, il est nécessaire que la police ait un sésame : des réquisitions du procureur. A une époque, elles n’avaient lieu qu’à l’occasion de faits bien particulier, sur des périmètres circonscrits. On a constaté qu’elles avaient tendance à devenir de plus en plus souples, de plus en plus larges, et motivées par n’importe quelle considération. On en a vu récemment sur des agglomérations entières ». « L’ensemble du processus est très violent symboliquement. La personne se retrouve arrachée à sa vie quotidienne, en garde à vue, interrogée, puis emmenée en rétention, et c’est sa vie entière qui bascule. C’est en plus le cas de gens qui ont des attaches en France. C’est extrêmement traumatisant.»

 

Rafle 1940

La première rafle de Juifs en France, à Paris, concerne 3747 Juifs étrangers de 18 à 60 ans, « invités » à se présenter à la Préfecture le 14 mai 1941, pour "examen de situation". De là, ils sont arrêtés, conduits aux camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, d’où ils seront déportés. La seconde, présentée comme "une opération menée en représailles à l'agitation communiste", rafle à Paris en août 1941, 4 232 hommes notamment français, pour la plupart dans les rues du XIe arr. notamment autour de Belleville. De là, Drancy. La troisième, le 12 décembre 1941 vise 743 Juifs de Paris et sa région, « notables » ayant presque tous la nationalité française, arrêtés en " représailles à une série d'attentats anti-allemands ", transférés au camp de Compiègne et déportés. La plus importante est la rafle du Vel d’Hiv des 16-17 juillet 1942 : la police arrête 12 884 Juifs à Paris et en banlieue dont 5802 femmes et 4051 enfants de moins de 16 ans.

Il y aura également des rafles importantes contre les communistes, étrangers en situation irrégulière ou réfractaires dans de grandes villes de France.

Sans oublier la rafle du Vieux-Port de Marseille en janvier 1943, conduite par la gestapo allemande et la police française : « Le 23 janvier dans la soirée, barrages de police autour du Quartier Nord du Vieux Port…  ordre d’appréhender les repris de justice, souteneurs, clochards, vagabonds, gens sans aveu (Ceux qui, dans la force de l’âge, n’auront ni moyens de subsistance, ni métier, ni répondants), personnes dépourvues de carte d’alimentation, Juifs, étrangers en situation irrégulière, expulsés autorisés, personnes ne se livrant à aucun travail depuis un mois (sic) ». Des centaines de personnes seront arrêtées.[9]

 

Rafle, défenestration 2010

Le 4 août 2007, Sébastien, jeune Congolais, se jette par la fenêtre du deuxième étage de l’hôtel de police de Lyon. Il logeait au foyer Sonacotra de Péage-de-Roussillon. Sous le coup d’une Obligation de quitter le territoire français (OQTF), il avait été arrêté par la police de l’air et des frontières (PAF) à la sortie de la plateforme d’accueil des étrangers de Vienne, où il s’était rendu pour compléter sa demande d’asile.

Le 12 septembre 2007, un jeune Tunisien sans papiers plonge de la fenêtre du quatrième étage du domicile de sa belle-sœur, à Péage-de-Roussillon. Il était accompagné par les deux gendarmes qui l’avaient interpellé pour un contrôle d’identité et leur avait dit avoir laissé ses papiers chez sa belle-sœur. Marcel Berthouard, maire (PC) de Roussillon, dénoncera «la suspicion systématique», «le harcèlement» et «la terrorisation quasi quotidienne des étrangers en quête de papiers».

Le jeudi 20 septembre 2007, Chulan Zhang Liu, chinoise résidant en France de 51 ans, sans papier, se défenestre prise de panique à l'arrivée de policiers venus interroger son logeur. Elle meurt le lendemain.

 

Rafle, défenestration 1942

Rafle du Vel d’hiv : interrogé après la sortie du film « La Rafle », Joseph Weismann raconte comment il a vécu cette journée de juillet 1942, les policiers qui viennent les chercher lui et sa famille ; l’un des officiers ferme les fenêtres parce qu’une « folle a déjà sauté dans le vide ce matin et que ça commence à bien faire »[10].

« La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et un sauve-qui-peut général s’ensuivit. Tous ceux qui le pouvaient s’enfuyaient à peine vêtus (…) Là où les portes ont été ouvertes ou forcées, on vit des scènes déchirantes(…) Dans leur désespoir, beaucoup de ces persécutés ont eu recours au suicide. Une mère a jeté ses quatre enfants par la fenêtre d’un 4ème étage, puis s’est précipitée pendant qu’on forçait sa porte. Une petite fille de 10 ans a sauté du 3ème étage, affolée »[11]. 

 

Arrestations dans les écoles 2008

« L'enfant est innocent, l'enfant n'est pas responsable. (…) Mettre l'école à l'abri des conflits qui déchirent la société est nécessaire », Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007.

"Il convient, pour des raisons évidentes, d’éviter que cela (les interpellations) conduise à des démarches dans l’enceinte scolaire ou ses abords. Je vous demande en tout état de cause de conduire ce type d’opération particulièrement délicate avec humanité et discernement. Vous veillerez en outre à ne pas mettre avant la fin de l’année scolaire l’éloignement des familles dont un enfant est scolarisé depuis plusieurs mois. ", circulaire du ministre de l’intérieur N. Sarkozy, 31octobre 2005.

Trois ans plus tard, les « raisons évidentes » ont changé, les « démarches » des forces de l’ordre « dans l’enceinte scolaire » se multiplient. Les exemples ci-dessous ne sont pas exhaustifs.

Le 25 septembre 2008, “Deux policiers se sont présentés dans l’école Ferdinand-Buisson de Montauban, ont déclaré au directeur que les parents d’Armen Vera 7 ans, albanophones de nationalité serbe avaient eu un accident et qu’ils venaient chercher l’enfant. Le directeur, après de nombreuses questions sur l’état de santé des parents, s’est finalement entendu dire qu’ils étaient au commissariat de police. Il a refusé de laisser partir l’enfant en leur absence. Après des contacts entre la police et l’Inspection académique, cette dernière lui a affirmé qu’il y avait une commission rogatoire pour placement d’enfants et que l’enfant devait être remis aux policiers. Armen a quitté l’école, encadré des deux policiers en uniforme et en armes, au milieu des autres enfants. A ce jour, personne n’a vu cette commission rogatoire. L’enfant a été conduit au commissariat, et malgré la promesse faite, n’a pas été présenté à ses parents. Marseda, sa sœur aînée, a été arrachée à ses parents, et les deux enfants ont été placés en foyer. Avaient-ils une ordonnance de placement ? Elle ne figure pas dans le dossier de la famille que l’avocat détient. La famille, parents et enfants, ont été placés en Centre de Rétention Administrative. L’inspection académique aurait demandé aux enseignants de ne pas témoigner par rapport à ce vécu“.

Le 27 novembre 2008 “A 15h 45, un père de 4 enfants (un moins de trois ans, deux en maternelle et un en CE1) est venu à l’école du Jardin de Ville, à Grenoble accompagné de deux policiers en civil, chercher ses enfants, pour “un rendez-vous en préfecture”, ont compris les enseignants. A 19h, on apprenait que la famille était au centre de rétention de Lyon. Les militants de la CIMADE les y ont cherchés, sans succès : la famille était en route pour l’aéroport, leur avion décollant une demi-heure plus tard. Ils ont été expulsés.

Le 7 janvier 2011, à 15h30, des gendarmes en tenue de ville sont venus chercher Vazgen, 6 ans, à son école de Langeac où il était scolarisé depuis 4 ans, avec son père d’origine arménienne-russe, après une garde à vue de ce dernier et de sa compagne (20 ans), pour situation irrégulière. « Aux amis arrivés sur place, il a été interdit de faire une bise à David et Vazgen »[12]

 

Arrestations dans les écoles 1940

« Fin septembre 1943, nous étions à l’école mon frère et moi quand en plein cours, la porte s’est ouverte sur deux officiers de la gestapo accompagnés d’un civil qui demanda à la maîtresse de désigner les enfants Levy, ce qu’elle fit en nous montrant du doigt… On nous emmena à la prison du château Neuf et plus tard au camp de Mérignac »[13].

Le 15 janvier 1944, la gestapo de Melun interrompt les cours du Petit collège des Carmes près de Fontainebleau pour arrêter 3 adolescents juifs, cachés sous de faux noms par le père Jacques, résistant de la première heure. Dans la cour, le Père Jacques regarde ses élèves et leur crie : “Au revoir les enfants ! A bientôt !” ; 35 ans plus tard, Louis Malle réalise le film de ce départ auquel il assista à 11 ans.

 

Contrôle au faciès 2010

« Je rêve d'une France où personne ne soit jugé sur la couleur de sa peau ou sur sa religion ou sur l'adresse de son quartier, mais sur la nature de son caractère », Nicolas Sarkozy, 30 mars 2007.

En juin 2009, Fabien Jobard et René Lévy, chercheurs au CNRS, publient une enquête statistique sur le contrôle au faciès : un Arabe est sept à huit fois plus contrôlé qu'un Blanc par la police française, et un Noir, six fois plus. C'est le « profilage ethnique », « utilisation par les forces de l'ordre de généralisations fondées sur l'ethnicité, la race, la religion ou l'origine ethnique pour fonder leurs décisions de lancer des opérations ».

Le 23 mai 2011, 50 avocats, décident de faire reconnaître le caractère inconstitutionnel du contrôle d'identité, art.78-2 du code de procédure pénale : « Les officiers de police judiciaire (…) peuvent inviter à justifier, par tout moyen, de son identité toute personne à l'égard de laquelle existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner : - qu'elle a commis ou tenté de commettre une infraction ; - ou qu'elle se prépare à commettre un crime ou un délit (…) ». « L'article permet au policier d'invoquer des raisons subjectives au contrôle, alors qu'avant un "indice grave et concordant" était nécessaire. Il rompt le principe d'égalité et viole le principe d'aller et de venir. Quant au principe d'intelligibilité et d'accessibilité de la loi, il n'est pas respecté", soutient Me Karsenti, ajoutant  « Les contrôles au faciès participent au sentiment de rejet, d'exclusion, de marginalisation".

 

Contrôle au faciès 1940

Les Brigades Spéciales des Renseignements Généraux crées en 1941, spécialisées dans la traque aux « ennemis intérieurs », prisonniers évadés, Juifs, réfractaires au STO, forment des barrages filtrant dans le métro et établissent des contrôle au faciès. Une ordonnance nazie du 8 juillet 1942 décrétant «Il peut être interdit aux Juifs de fréquenter certains établissements de spectacle et, en général, des établissements ouverts au public » et interprétée comme : «Il est formellement interdit », la police rôde autour des théâtres, cinémas, bibliothèques, stades ou des piscines, etc. Ces lieux désormais interdits voient se multiplier les contrôles d'identité au faciès. Entrer dans un café peut conduire à Drancy...

Il arrive souvent que les gens ayant un nez trop crochu doivent s'expliquer longuement, sinon tragiquement, de l'abscence de la mention "juif" sur ses papiers d'identité.

 

Roms 2010

Selon l’art. 1 de la Constitution, à nouveau, « La France … assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Tout discours et décision désignant un groupe par son origine ethnique est anti-républicain.

Le 30 juillet 2010, le Président de la République annonce : "J'ai demandé au ministre de l'intérieur de mettre un terme aux implantations sauvages de campements de Roms ". Le 5 août, une circulaire signée par Michel Bart, directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur, rappelle aux préfets les "objectifs précis" du Président : "300 campements ou implantations illicites devront avoir été évacués d'ici trois mois, en priorité ceux des Roms ».

Le quotidien anglais The Times titre le 17 août : «Nicolas Sarkozy expulse des Roms pour raviver les souvenirs de la Gestapo». Le député villepiniste Jean-Pierre Grand déclare le 14 août que les expulsions de Roms «rappellent les rafles pendant la guerre». Le 9 septembre, le Parlement européen vote (337 voix pour, 245 contre) une résolution qui demande à la France de « suspendre immédiatement toutes les expulsions de Roms », rejette toute position « visant à (…) créer des stéréotypes discriminatoires » et rappelle que les restrictions à la liberté de circulation et de séjour ne peuvent se fonder « que sur un comportement individuel et non sur des considérations générales relevant de la prévention ni sur l'origine ethnique ou nationale ». Le 12 septembre, la commissaire européenne à la justice Viviane Reding déclare  « des personnes (les Roms) sont renvoyées d’un Etat membre uniquement parce qu’elles appartiennent à une certaine minorité ethnique. Je pensais que l’Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la seconde guerre mondiale ». Elle s’excusera ensuite de ces propos.

Le 13 septembre, Brice Hortefeux, signe une nouvelle circulaire demandant aux préfets de "poursuivre" les évacuations de camps "quels qu'en soient les occupants".

Le 5 octobre, le député UMP-Humanistes Etienne Pinte, belge naturalisé en 1965, de parents  résistants « pourchassés comme étrangers et comme opposants » publie dans Libération une tribune : « Peuple errant, rejetté, balotté, pourchassé, qu’avons-nous fait pour lui tendre la main, l’aider à s’intégrer, l’accompagner humainement dans sa longue marche ? D’abord, démanteler ‘les camps’. Nos gouvernants auraient pu avoir la délicatesse de ne plus utiliser ce mot funeste qui rappelle tant de mauvais souvenirs (…) Je dois avouer que voir à la télévision des files d’hommes, de femmes et d’enfants, partir avec leur baluchon, me renvoyait en filigrane au ‘Vel d’Hiv’. Ils n’étaient pas déportés vers la mort, seulement vers leurs misères ».

Le 10 mars 2011, le Conseil constitutionnel rejette la possibilité pour les préfets de procéder à des évacuations de campements illégaux à tout moment de l'année et sans obligation d'accueil.

« Au petit matin[14], les forces de l’ordre « sécurisent » les lieux, afin d’éviter des fuites. Ensuite, les « candidats » au départ sont priés de monter dans des bus et voyagent d’une traite aux frontières de la Roumanie ou de la Bulgarie. (…) Le gouvernement a fixé des objectifs chiffrés d’expulsions ; les Roms constituent un réservoir dans lequel il est facile de puiser ». En 2006, « quelque 6000 des 24000 mille personnes expulsées étaient des Roms », précisera la députée Alima Bumediene-Thiery. Depuis janvier 2007, Roumains et Bulgares sont devenus des citoyens européens. La France a donc dû trouver un dispositif adapté. « La police arrive avec des Ordres de quitter le territoire français (OQTF) déjà signés, explique Coralie Guillot, de l’association France Parada. Les Roms ont le choix entre l’interpellation ou le départ dit humanitaire ». « Ce procédé est illégal. L’aide au retour ne peut se réaliser qu’après une enquête sociale ».

Le 30 juin 2010, le Conseil de l’Europe condamne la France :« un texte de loi concernant les aires d’accueil destinées aux Gens du voyage a été adopté en 2000[15], obligeant les communes de plus de 5000 habitants de se doter d’un plan prévoyant l’implantation d’aires permanentes d’accueil pour les Gens du voyage ; à ce jour, la loi n’a été suivie d’effet que dans une minorité des communes ; cela a pour conséquence d’exposer les Gens du voyage à l’occupation illégale de sites et à des expulsions ». La loi de 2003 donne aux Préfets le pouvoir de contraindre les communes à aménager des aires d’accueil. En dix ans, un seul l’a fait ».

Le tribunal administratif de Lille annule, le 31 août 2010, sept arrêtés de reconduite à la frontière (APRF ) visant des Roms : « Il a appuyé sa décision sur un arrêt rendu par la cour d’appel de Versailles en juillet 2009, selon lequel l’occupation illégale d’un terrain « ne suffit pas à caractériser l’existence d’une menace à l’ordre public ». La contestation des APRF doit avoir lieu dans les deux jours. Des dizaines de Roms ont été expulsés de force sans avoir eu la possibilité légitime de contester ces décisions illégales.

 

Roms 1940

Dès 1400, présence attestée à Paris, des Egyptiens, Sarrasins, Bohémiens, nomades, Roms, Manouches, Gitans, Kalés, arrivés d’Inde. Sympathie à l’égard des « Egyptiens » qui excellent dans les arts et dans le spectacle, et de ce fait accueillis favorablement par la noblesse[16].

La déclaration du 11 juillet 1682, voulue par Colbert et signée de Louis XIV, « contre les Bohèmes et ceux qui leur donnent retraite », demande aux baillis, sénéchaux et leurs lieutenants d’arrêter et faire arrêter les hommes afin qu’on les conduise aux galères, à perpétuité, en dehors de tout délit constaté, tandis que les femmes, séparées, seront tondues et passibles d’être fustigées et bannies si elles continuent à « mener la vie de bohémiennes ».

Avec la loi du 16 juillet 1912, ceux qui sont qualifiés de nomades, doivent avoir un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ.

Par le décret du 6 avril 1940, les nomades, soupçonnés d’espionnage, doivent se déclarer à la gendarmerie ou au commissariat et sont astreints à résidence. L’ordonnance du 4 octobre 1940 décrète l’internement de tous les Tsiganes. « Seront considérées comme bohémiens toutes les personnes de nationalité française et étrangère, sans domicile fixe, et vagabondant en région occupée selon l’habitude des bohémiens (nomades, forains) sans tenir compte si elles sont en possession d’un carnet d’identité, carnet anthropométrique ou non. »

A l’automne 1940, les tziganes d’Alsace-Lorraine sont internés à Argelès-sur-Mer et au Barcarès (Pyrénées-Orientales), puis transférés au camp de Rivesaltes. Ceux de Gironde sont internés au camp de Mérignac et d’autres dans un des 25 gérés par Vichy, qui laisseront la place à des camps plus importants, comme Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire). Les conditions de vie sont lamentables. Le 25 mars 1942, une conférence interministérielle décide la création du camp de Saliers, commune d’Arles, seul camp d’internement réservé aux nomades.

Les recherches des historiens indiquent pour l’instant que 3000 tsiganes ont été internés ; plus de 300 ont été raflés dans Nord-Pas-de-Calais et déportés à Auschwitz. A Poitiers, 70 sont déportées à Oranienbourg-Sachsenhausen, en janvier 1943.

Leur persécution par les nazis commence avec les lois de contrôle de la plaie tsigane de 1926, la stérilisation eugénique en 1933, et l’enfermement à Dachau en 1936. Les déportations deviennent massives à l’automne 1939 ; c’est sur 250 enfants rom que les nazis testent le zyklon B à Buchenwald en février 1940. Les nazis estimaient avoir supprimé la moitié des Rom d’Europe, les historiens évaluent le nombre des victimes à au moins 500.000 sur 700 000. Au procès de Nuremberg, aucune mention n’en sera faite.

 

Tramway 2010

A 6h30, le 31 août 2010, les forces de l'ordre procèdent, sur ordre de justice, à l'évacuation d'un camp de Roms, route de la Courneuve à Saint-Denis (93). Les familles sont mises dans le tramway par groupes de dix. A 8h30 l'encadrement de la RATP constatant que l'évacuation gêne fortement les voyageurs présents dans les rames (sic), met à disposition de la police une rame spécialement affrêtée. Selon Médecins du monde sur France Info, les enfants sont emmenés sans leurs parents. "On a été sollicité par des parents inquiets qui cherchaient leurs enfants", dénonce Livia Ottal, coordinatrice de la mission Rom. La RATP nie catégoriquement, puis reconnaît«un excès de zèle local».

Cécile Duflot (Europe-écologie-les Verts) dénonce une "opération (qui) réveille en nous une monstrueuse évocation", en référence à la rafle du Vel-d'Hiv ; «Lorsqu’un service public de transports participe à une opération policière aussi abjecte, c’est tout le pacte républicain qui est bafoué ». Pour Saimir Mile, porte-parole de la Voix des Roms, «c'est le symbole de la RATP au service de la police, elle-même au service de la politique du gouvernement et non de la sécurité qui choque. Pour les Français cette affaire rappelle des images de films sur la Seconde Guerre mondiale.» Philippe Touzet, délégué central de Sud RATP, demande des consignes strictes en interne "pour éviter que ce genre d'opérations ne se reproduise". "On sait bien que la gare de Bobigny a été le théâtre de la déportation pendant la Seconde guerre mondiale ; ce n'est pas à nous de transporter des personnes qui à priori ne sont pas volontaires pour monter dans le tramway".

Impossible, évidemment, de comparer quant à leur conséquence, déportation de Juifs et expulsion de Roms. Dans ce cas, la principale critique tient à la tranformation d’un transport public en moyen de coercition, et c’est de cette manière qu’il faut comprendre « l’argument de Vichy » : l’Etat pétainiste fait transporter les raflés du Vel d’Hiv par les bus -et chauffeurs- de la TCRP (ancêtre de la RATP), ce qui devait être un service public « neutre », au service de tous, est entaché par sa participation au génocide.

Le 1er septembre, le ministre de l'Intérieur Claude Guéant réagit : "Un certain nombre d'amalgames que j'ai entendus avec la Shoah, sont spécialement scandaleux. Je rappelle que la Shoah, ce n'était pas partir volontairement après une décision de justice vers un lieu de son choix ; des propos comme ceux-là banalisent la Shoah et, finalement, encouragent au négationnisme".  L’argument, violent, me semble falsificateur ; je m’en suis expliquée plus haut.

 

Tramway et bus 1940

«  J’étais en train de descendre l’escalier conduisant vers les quais, lorsque mon regard fut capté par des autobus de la RATP tournant en direction du pont de Grenelle. Sur les plates-formes arrière, on voyait un agent de police entouré de paquets, de valises et de toutes sortes de baluchons. « Mon Dieu ! Mais c’est de la literie juive ». De loin, j’avais reconnu les couettes et les édredons ouatés et repiqués, dont on faisait usage en Europe centrale, que les immigrants avaient tenu à emporter avec eux en France (…) Avant de s’engager sur le pont, les autobus ralentissaient et je pus apercevoir quelques visages. Plus de doute possible, rien qu’à la tristesse de leur expression, je savais à quoi m’en tenir. Mes genoux ployaient sous mon corps, il fallut que je m’accroche à la rampe ». Adam Rayski[17] voit passer les autobus de la RATP, conduisant les Juifs arrêtés dans la rafle du Vel d’Hiv. La photographie de la soixantaine de cars de la police et de la TCRP (ancêtre de la RATP) stationnés devant le Vél’ d’Hiv’ restera dans la mémoire collective comme la preuve de la collaboration de Vichy à la déportation des Juifs de France.

Marseille, janvier 1943 : le quartier du Vieux Port est bouclé. Autorités françaises et nazies ont décidé de le « nettoyer » des éléments indésirables avant de le raser. « Incompréhension, consternation, affolement : en deux heures plus de 25 000 personnes, par familles entières, sont chassées de leur logement et se concentrent sur les quais. Environ 5 000 sont autorisées à rester à Marseille, les autres, hommes, femmes, enfants sont entassés dans des tramways puis dans des wagons à bestiaux ». « À l’époque, j’avais 10 ans, pas tout à fait ; on habitait le quartier du Panier. Les gendarmes sont venus en pleine nuit [...] dans toutes les maisons pour rechercher des "voyous, des collaborateurs ". Ils nous ont dit qu’on devait préparer nos affaires pour 6h00 ; on devait être évacués. On s’est retrouvé tous ensemble au Vieux Port, d’où des tramways nous ont conduits à la

gare d’Arenc ».

 

Convocation piège en Préfecture 2010

Un Nigérian marié à une française en région parisienne, reçoit le 5 octobre 2007 une convocation de la Préfecture « pour délivrance d'une autorisation provisoire de séjour". Sur place, il est arrêté, placé en centre de rétention puis renvoyé en Afrique.

Fin janvier 2008, Mr G. se rend à la préfecture de Melun déposer un dossier de régularisation par le travail. Au guichet, on lui dit que sa demande sera étudiée. On lui remet un formulaire. On lui demande son passeport. Cinq minutes plus tard, la police vient l’arrêter. Et la préfecture lui notifie un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière.

En avril 2008, les employés de la préfecture de Nanterre recoivent une note leur demandant d’arrêter systématiquement certains étrangers venus d’eux-mêmes faire une demande de régularisation : « L’éloignement des étrangers en situation irrégulière est une priorité de nos services, nous avons en ce domaine une obligation de résultats. Je vous demande donc d’appliquer avec un zèle particulier les instructions : « L’étranger remet son passeport à l’agent […] est invité à prendre place dans la file d’attente […] l’agent saisit le chef de la section Éloignement […] l’interpellation sera réalisée en cabine fermée. »



En juin 2010, à Dinan, un demandeur d’emploi est arrêté par la police avec la complicité du directeur de l’agence qui l’avait convoqué sciemment à l’insu du Conseiller qui devait le recevoir, dans le but de l’interpeller.

Lorsque les conditions d’interpellation leur paraissent déloyales, des tribunaux sanctionnent l’administration. Abdelghani H., Algérien de 33 ans, demandeur d’asile, avait reçu de la préfecture du Nord une convocation du service « asile » . A l’arrivée, c’est le service « éloignement » qui l’attend et l’expédie en centre de rétention. Estimant qu’il a été trompé, le juge l’a remis en liberté.

La Cour de Cassation dans un arrêt du 6 février 2007, confirmé par cinq arrêts le 11 mars 2009, a précisé en faisant référence à l’article 5 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme, que les convocations ne doivent en aucun cas revêtir un « caractère déloyal ».

 

Convocation piège en Préfecture 1941

En mai 1941, la Préfecture de Police de Paris convoque 6.494 Juifs étrangers à l'aide "d'un billet vert", à se présenter dans différents centres dans Paris : « Préfecture de police - Paris le 10 mai 1941 -M …  est invité à se présenter, en personne, accompagné d'un membre de sa famille ou d'un ami, le 14 mai 1941, à 7 heures, à…, pour examen de sa situation. Prière de se munir de pièces d'identité. La personne qui ne se présenterait pas aux jours et heures fixés s'exposerait aux sanctions les plus sévères.»

Sur 6494 convocations, 3.747 Juifs se présentent, dont 3 430 Polonais, 123 apatrides et 157 Tchécoslovaques mais la convocation est un piège et ils sont arrêtés. L'accompagnateur était chargé de se rendre à leur domicile pour en rapporter une valise d’effets personnels. Tous ont été envoyés dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande, puis déportés en juin 1942 à Auschwitz.

Les autres avaient déménagé, ou décidé de ne pas se présenter.



[1] professeur à l'université René-Descartes, membre de l'Académie des sciences, et dirige l'unité Inserm « Handicaps génétiques de l'enfant » à l'hôpital Necker-Enfants malades

[2] PHILOSOPHIE MAG N°8 paru le 1er avril 2007

[3] " Troubles des conduites chez l'enfant et l'adolescent "

[4] Marianne, du 31 mars 2007

[5] Nicolas Chevassus-au-Louis « Quand Vichy réorganisait la science française », La Recherche, 2004

[6] Meyran Régis. L'ethnologie sous le régime de Vichy. In: L'Homme, 1999, tome 39 n°150.

[7] Laurent Mucchielli, «Utopie élitiste et mythe biologique: l'eugénisme d'Alexis Carrel», Esprit, 1997

[8] Patrick Tort, « L'affaire Carrel », Le Monde diplomatique n° 531, juin 1998

[9] Dominique Sigaud « le Piege des loups, les 175 maisons de la gestapo en France », Stock, janvier 2012

[10] Ouest-France, 18 mai 2010

[11] tract anonyme de 1942, authentifié, Lydia Olchitzky-Gaillet « Spoliation et enfants cachés » 2010, History

[12] information RESF

[13] Sigaud, « Le piège des loups »

[14] http://www.plumedepresse.net/roms-les-cinq-mensonges-deric-besson/

[15] loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des Gens du voyage

[16] D’après Emmanuel Filhol, « La France contre ses Tsiganes », 07-07-2010, www.laviedesidees.fr

[17] « Il y a soixante ans, la rafle du Velodrome d’Hiver », juillet 2002, édité par la Mairie de Paris

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