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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:48

XENOPHOBIE D’ÉTAT 2010

« Xénophobe (1901) signifie « hostile aux étrangers, à ce qui vient de l’étranger »

La création du ministère de l’Immigration et de l’identité nationale en 2007 déclenche d’emblée l’accusation de xénophobie d’Etat : « ensemble des discours et actes publics, émanant d'autorités publiques, produisant, volontairement ou involontairement, cet effet de stigmatisation de l'étranger comme problème, risque ou menace ».[1] Doudou Diène, rapporteur de l'ONU contre le racisme, entendu en juin 2007 par le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, y dénonce «  le traitement idéologique et politique de l'immigration comme un enjeu sécuritaire et comme une menace à l'identité nationale ». Le 27 juin, un colloque de 200 chercheurs à l’École des hautes études en sciences sociales, aboutit à la création de l'Observatoire de l'institutionnalisation de la xénophobie.

Le 18 septembre 2007, Brice Hortefeux évoque pour les étrangers souhaitant obtenir un visa, un « test ADN » -« il ne s'agit évidemment pas de pratiquer on ne sait quel ‘fichage génétique’ »- et, dans le pays d’origine, un test d’évaluation de la langue française et des valeurs républicaines.

Traitant les tests ADN de «peste biologique» qui institue «la xénophobie d’Etat», le député PS Noël Mamère répond «Si on avait demandé aux parents ou aux grands-parents du président de la République, d’Edouard Balladur, de Fadela Amara ou Rachida Dati de parler français, croyez-vous qu’ils pourraient vivre dans ce pays et être membres du gouvernement?».

Le 23 juin 2008, évoquant l'agression d’un jeune juif dans le XIXe arr. de Paris, le Président Sarkozy déclare : " Depuis plusieurs années, il y a ce quartier qui est tenu par quatre bandes : il y a les Noirs, il y a les Maghrébins, il y a les Juifs et il y a les Turcs. C'est tout le problème de la République qui est posé".

Depuis la loi de décembre 2008, le RSA[2] ne s’applique plus qu’à l’étranger « titulaire depuis au moins cinq ans d’un titre de séjour autorisant à travailler », (à l’exception des réfugiés, apatrides).  En sont donc exclus tous les non européens disposant d’un titre de séjour n’autorisant pas à travailler, ou en disposant depuis moins de cinq ans, même en situation régulière. Ecartés de l’aide financière, ils le seront aussi des mesures d’accompagnement du RSA.

Le 10 septembre 2009, à la veille du débat sur l’identité nationale Brice Hortefeux à qui l’on présente un militant d’origine maghrébine s’exclame : «quand y en a un, ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes »[3].

Claude Guéant nouveau ministre de l’Intérieur déclare le 4 avril 2011 « L’accroissement du nombre des Musulmans en France pose un problème ». Le 22 mai, "les deux tiers des échecs scolaires, c'est l'échec d'enfants d'immigrés". Le 8 août «2 % de la délinquance en France sont le fait de Roumains. Le 11 septembre "Il y a une immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences ».

Sans oublier le député UMP Alain Marleix, le 25 septembre, à propos de l’élu écologiste Jean-Vincent Placé, français depuis 34 ans « notre Coréen national, va avoir chaud aux plumes ». Réaction du porte-parole d’Europe écologie-les Verts, Pascal Durand : « il n’existe plus aucun tabou au sein de la droite à l’égard du racisme et de la xénophobie. Cette volonté explicite de délégitimation de citoyennes et citoyens français nés à l’étranger … constitue une injure à la République française et à ses valeurs, car ces attaques à l’odeur rance, proférées par des apôtres de la «vraie France», portent en elles les germes de la division et de la discorde nationale. »

La circulaire Guéant du 31 mai 2011 rend beaucoup plus difficile le changement de statut d’étudiants étrangers demandant un titre de séjour professionnel. « Mon PDG a fait une lettre pour expliquer que j’occupe un poste stratégique et que j’apporte une vraie valeur ajoutée à l’entreprise », explique Melle T, tunisienne. Le 28 septembre, la Direccte[4] refuse sa demande, elle doit quitter son poste sous 24 heures. Pas de préavis, le droit du travail ne s’applique pas.

L’arrêté Guéant du 11 août 2011 réduit de 30 à 14 la liste des métiers accessibles aux étrangers non-communautaires. Le décret Guéant du 6 septembre 2011 exige des étudiants étrangers 615 euros sur leur compte sous peine d'expulsion.

Le 19 septembre 2007, le président d’honneur de la LDH Michel Tubiana, publie dans Le Monde "Xénophobie d’Etat" : « On sait, depuis la création du ministère de l’identité nationale, que les étrangers ne sont plus tout à fait des hommes et des femmes, mais de dangereux individus qui mettent en péril la cohésion sociale, culturelle et économique de notre pays. Il faut, de plus, qu’ils parlent français avant d’en atteindre les rives.… Exiger d’un étranger qui vient en France qu’il parle français, c’est nier sa qualité d’étranger. Ces mesures …construisent, petit à petit, une image de l’étranger assiégeant la France, et lorsqu’il a réussi à y être présent, il devient une sorte de produit corrosif qui dissout la communauté nationale … »

Dans un communiqué du 30 juillet 2010 « La xénophobie de Nicolas Sarkozy menace la démocratie » la LDH insiste, « Le président de la République a pris la lourde responsabilité de faire des étrangers et des personnes d’origine étrangère ceux et celles qui seraient responsables de l’insécurité.… Ce qui est ici en cause, ce n’est plus le débat légitime en démocratie sur la manière d’assurer la sûreté républicaine, c’est l’expression d’une xénophobie avérée. Quelle que soit la légitimité que confère l’élection, aucun responsable politique ne détient le mandat de fouler aux pieds les principes les plus élémentaires de la République, et de désigner à la vindicte des millions de personnes ».

A la convention UMP sur l’immigration du 7 juillet 2011, le député Claude Goasguen déplore «Nous n’avons pas de chiffres (sur l’immigration) car nous avons peur des chiffres», et réclame «des registres communaux». Le député Droite Populaire Lionnel Luca acquiesce: «La dernière fois qu’on a eu des registres communaux c’était durant Vichy. Alors évidemment les bonnes consciences morales disent “Ce n’est pas possible de faire dans la République ce qu’on a fait sous Vichy”. Mais le 1er-Mai, tout le monde le fête!».  «Il faut laisser Vichy de côté», reprend-il. «Il l’a dit, il va être fusillé celui-là!», raille un militant[5] .

Le 11 juillet, la LICRA annonce qu'elle ne participera plus aux conventions de l'UMP, en raison du "climat délétère" : « Alors que Patrick Gaubert, président d'honneur de la Licra, à la tête du Haut Conseil à l'intégration a fait connaître son opposition à une politique de statistiques ethniques, on a entendu dans la salle « qu'on le pende ».

 

XENOPHOBIE D’ÉTAT 1940

« Il n’y a pas de neutralité possible entre le vrai et le faux, …entre l’ordre et le désordre, entre la France et l’anti-France. », Pétain, le 15 août 1940.

« La logique d’exclusion était au coeur de l’Etat français (sous Pétain). Cela renvoyait à une interprétation de la défaite qui renvoyait elle-même, pour l’expliquer, non pas à des erreurs militaires ou même politiques, mais à un pourrissement de la République conduisant à la décadence du pays et donc à la débâcle. Cette décadence était le résultat d’un complot des forces de « l’anti-France », … qui avaient pour nom le communiste, le Juif, l’étranger et le franc-maçon. Il fallait en priorité régénérer la société française de l’intérieur en excluant les éléments « impurs » considérés comme responsables et en rassemblant les éléments « purs » autour des valeurs traditionnelles, le travail, la famille, la patrie, l’ordre, la piété »[6].

La notion d’étrangers « indésirable » apparaît dans un décret de Daladier en 1938 : il est « indispensable d'assurer l'élimination rigoureuse des indésirables(…) diriger cette catégorie d'étrangers vers des centres spéciaux où elle fera l'objet d'une surveillance permanente ».

Le régime de Vichy est en place depuis le 11 juillet 1940 ; la loi du 12 juillet décrète : Ne peuvent appartenir à un cabinet ministériel que les personnes nées de parents français." « C'est la première loi xénophobe : le droit du sang remplace le droit du sol. Il ne suffit pas d'être français ; il faut être né de parents français »[7].

La loi du 27 septembre 1940, crée les groupements de travailleurs étrangers (GTE)  pour " les immmigrés en surnombre dans l’économie française " de 18 à 55 ans.

"L'antisémitisme d'État", met en place un véritable apartheid : définition raciale, exclusion d’un certain nombre de fonctions et professions, spoliation des entreprises juives, puis internement et participation à la déportation vers l’extermination. " Les Français doivent se rendre compte que le principal responsable de leurs misères actuelles est le Juif ", déclare à la presse le Commissaire général aux Questions juives, Darquier de Pellepoix.

« Si ces milliers de Juifs allemands se trouvèrent en France, ce fut… sans l’accord des autorités de Vichy et même contre leur volonté. … une fois la frontière franchie, plusieurs possibles s’offraient au régime. Il pouvait considérer que ces personnes, si fragiles, méritaient d’être accueillies dans des considérations correctes, d’autant qu’elles représentaient pas un nombre si important. Il pouvait aussi considérer que leur place se trouvait tout naturellement dans un camp d’internement, puisqu’elles répondaient bien, comme juives et étrangères, à ces catégories vouées à l’exclusion dans la France nouvelle en pleine régénération intérieure. Or, c’est cette seconde solution qui fut choisie. Comme quoi, dans un second temps, les choix idéologiques et politiques interféraient[8].

 

« Je suis consterné d'entendre de telles déclarations qui me rappellent aussi de sinistre mémoire les années d'avant la dernière guerre mondiale où les pacifistes et les antimilitaristes nous ont amenés à cette triste défaite de 1940. Je suis consterné qu'il puisse encore exister, comme on appelait autrefois, des “Anti-France” » déclare le 14 juillet 2011, le député UMP et président de la Commission de la défense nationale et des forces armées Guy Teissier à propos de la proposition faite par Eva Joly de remplacer le défilé militaire par un défilé citoyen.



[1] J. Valluy, Rejet des exilés - Le grand retournement du droit de l’asile, Ed. Du Croquant, 2009. p.2

[2] revenu de solidarité active

[3] condamné pour injures à caractère racial, il est relaxé le 15 septembre 2011 par la cour d'appel de Paris car la constitution de partie civile du Mrap est irrecevable, les propos n’étant pas publics, mais ceux-ci sont jugés par les magistrats "méprisants et outrageants" et témoignant d'un "manque évident de culture"

[4] Direction régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi

[5] Médiapart, 07 juillet 2011, Marine Turchi et Carine Fouteau

[6] D. Peschanski, « Vichy un et pluriel », 2004

[7] Blog de Me Gilles Devers

[8] D. Peschanski – Morbidité et mortalité dans la France des camps

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