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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 11:57

Responsabilité pénale collective 2010

Estimant que «la principale cause de la violence, c'est la permissivité», N. Sarkozy annonce le 30 juillet 2010 que « les parents manifestement négligents pourront voir leur responsabilité engagée sur le plan pénal» ; « la délinquance actuelle ne provient pas d'un mal être comme je l'entends dire trop souvent, continue le discours : elle résulte d'un mépris pour les valeurs fondamentales de notre société. La question de la responsabilité des parents est clairement posée. Quand (…) je vois qu'un mineur de 12 ans, à une heure du matin, dans le quartier d'une ville lance des cocktails Molotov sur un bus qui passe, n'y a-t-il pas un problème de responsabilités des parents ? Il ne s'agit pas de sanctionner. Il s'agit de faire réagir ». Le secrétaire national de l'UMP en charge de la Sécurité, Eric Ciotti, prépare alors un texte proposant deux ans de prison ferme quand des parents des mineurs délinquants n'auront pas fait respecter les obligations auxquelles seront soumis leurs enfants condamnés.

Le 6 Août 2010, l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard s’indigne [1] « On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis », et en septembre, le député UMP Marc Bernier: « Quant à la responsabilité pénale collective, cela me rappelle de très mauvais souvenirs de l’histoire de France… »

Le 10 mars 2011, le Conseil constitutionnel retoque la proposition de loi en rappelant qu'il ne peut y avoir de "responsabilité pénale du fait d'autrui" selon le principe fondé par l’art. 121-1 du Code pénal : « nul n’est responsable pénalement que de son propre fait ».

 

Responsabilité pénale collective 1940

Dans la Moselle et la Lorraine annexées en 1940 au Reich, les familles sont pénalement responsables du refus d’incorporation dans l’armée de leur enfants ; elles sont déportées.

Le 10 juillet 1942, Karl Oberg, Chef suprême des SS et de la police en France, gagne son surnom de « boucher de Paris » en signant une ordonnance sur les représailles pour marquer son autorité : « J’ai constaté que ce sont souvent les proches parents d’auteurs d’attentats, saboteurs et fauteurs de troubles, qui les ont aidés avant ou après leur forfait. Je me suis donc décidé à frapper des peines les plus sévères les auteurs mais aussi, au cas où ils seraient en fuite, les familles des criminels s’ils ne se présentaient pas dans les dix jours à un service de la police allemande ou française. En conséquence, j’annonce les peines suivantes :  « Tous les proches parents masculins, les beaux-frères et cousins des fauteurs de troubles, au-dessus de dix-huit ans, seront fusillés. Toutes les femmes, parentes au même degré, seront condamnées aux travaux forcés. Les enfants de toutes ces personnes, âgés de moins de dix huit ans, seront confiés à une maison de redressement ».

En 1944, après l’attentat contre Hitler, les familles de von Stauffenberg, Goerdeler et Dohnanyi, sont envoyées en camp de concentration, en application d’une loi de « responsabilité pénale collective » pour les familles des conjurés. La Sippenhaft (ou Sippenhaftung, responsabilité du clan, ou de la parenté) impliquait que les proches des accusés de crimes contre l'État étaient tenus pour responsables à égalité et pouvaient être arrêtés, voire exécutés.

 

Rétention de sûreté 2010

La loi "relative à la rétention de sûreté et à la déclaration d’irresponsabilité pour cause de trouble mental" du 25 février 2008 prévoit des centres fermés pour les criminels « dangereux », condamnés à des peines de plus de 15 ans pour les crimes les plus graves (assassinat ou meurtre, torture ou actes de barbarie, viol, enlèvement ou séquestration commis sur mineur, ou sur majeur en cas de circonstances aggravantes), à leur sortie de prison, après avis d'une commission et si la demande en a été faite lors de leur procès. Il s’agit donc d’un enfermement (pour une durée potentiellement infinie) d'une personne ayant purgé sa peine, sans nouvelle infraction, sans nouveau procès ni nouvelle condamnation judiciaire.

Le 4 janvier 2008, la Commission nationale consultative des droits de l’homme adresse aux Premier ministre F. Fillon, ministre de la justice R. Dati, ministre de la Santé R. Bachelot et présidents des deux assemblées, une note où elle s'inquiète « de l’introduction au cœur de la procédure pénale du concept flou de « dangerosité », « notion émotionnelle dénuée de fondement scientifique », rappelle « que le système judiciaire français se base sur un fait prouvé et non la prédiction aléatoire d’un comportement futur », « s’inquiète de la mise en place de mesures restrictives de liberté sur une base aussi incertaine » et regrette « l’assimilation du malade mental à un délinquant potentiel. »

La député PS Elisabeth Guigou, lors du débat parlementaire, souligne la filiation du texte avec « cette philosophie positiviste qui a conduit aux pires débordements de l’Allemagne nazie « . La majorité se dit outrée par le rapprochement. Rachida Dati « profondément choquée », justifie : « La rétention de sûreté, c'est la sûreté de tous au prix de la liberté de quelques-uns. » Les défenseurs du texte argumentent que des lois assez semblables figurent dans d’autres pays démocratiques, le député UMP Georges Fenech se référant au dispositif allemand introduit sous la république de Weimar.

 

Rétention de sûreté (nazie) 1933

En fait, la loi sur la Sicherungsverwahrung (détention préventive) adoptée le 24 novembre 1933 « porte la signature d’Adolf Hitler, » et avait comme objet de lutter contre « les récidivistes dangereux » en vue d’assurer « la sécurisation de la société »[2].

 

Retroactivité de la loi 2010

Aussitôt la loi relative à la rétention de sûreté adoptée par l’Assemblée nationale, le Conseil Constitutionnel est saisi le 11 février suivant par 60 députés et sénateurs. Tout en admettant le principe de rétention de sûreté, le Conseil déclare anticonstitutionnels « les alinéas 2 à 7 du I de l'article 13 de la loi, son II et son IV » sur la mise en rétention de sûreté des « personnes exécutant, à la date du 1er septembre 2008, une peine de réclusion criminelle d'une durée égale ou supérieure à quinze ans ». Il considère que « la rétention de sûreté, (…) ne saurait être appliquée à des personnes condamnées avant la publication de la loi ou faisant l'objet d'une condamnation postérieure à cette date pour des faits commis antérieurement ». Les Sages, en clair, censurent un volet essentiel de la loi en invalidant son caractère rétroactif ; le texte ne s'appliquera donc au mieux que dans 15 ans, lorsque les condamnés futurs sortiront de prison.

 

Le principe de non-réatroactivité de la loi, fondamental pour la sauvegarde des libertés individuelles contre tout risque d’arbitraire, est un principe à valeur constitutionnelle, art. 8 de la Déclaration des droits de l’homme : « nul ne peut être puni qu’en vertu d’une loi établie et promulguée antérieurement au délit ». Le Président de la République, conformément à l’art. 5 de notre loi fondamentale, veille au respect de la Constitution. Il a pourtant demandé au premier président de la Cour de cassation Vincent Lamanda, de faire des propositions pour aboutir à l’applicabilité immédiate de la rétention de sûreté. Ce dernier a accepté de réfléchir, tout en refusant de « remettre en cause de quelque manière que ce soit la décision du Conseil constitutionnel ». L’art. 62 alinéa 2 de la Constitution prévoit que les décisions du Conseil constitutionnel, dont le respect s’impose à toutes les autorités de la République, ne peuvent faire l’objet d’aucun recours. « Sauf à considérer – par excès d'autorité – que le Président n'est pas une autorité de la République, nul ne saurait omettre cette disposition impérative, ou suggérer à d'autres de l'écarter »[3].

Nadine Morano, l'une des porte-paroles de l'UMP annoncera pourtant à son tour qu'elle allait «saisir le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer pour que nous puissions créer une commission parlementaire, pour imaginer dans quels cas d'exception la loi pourrait être rétroactive». «Ça veut dire que ça pourrait engendrer une révision constitutionnelle, et pourquoi pas?», ajoutera-t-elle.

 

Retroactivité de la loi 1940

Le 21 août 1941, le jeune communiste Pierre Georges (futur colonel Fabien) tue l’aspirant de la Kriegsmarine Moser. Hitler demande l'exécution d'otages ; les représailles sont organisées par les autorités de Vichy. Pierre Pucheu, ministre de l’Intérieur, et Joseph Barthélémy, ministre de la Justice, mettent en place des tribunaux d'exception.

Le texte est rédigé le 22 août, publié au Journal officiel du 23, mais pour sauver les apparences, la loi est antidatée du 14 août 1941 (avant l’attentat). Il institue auprès des tribunaux militaires en zone libre et auprès des Cours d’appel en zone occupée,  des sections spéciales chargées de réprimer les activités communistes et anarchistes (art.1), jugeant en dernière instance, sans recours possible (art.7). De plus, cette loi a un effet rétroactif.

Sa première décision est la condamnation à mort de trois communistes (Émile Bastard, Abraham Trzebrucki et André Bréchet), exécutés le 28 août. Ils avaient déjà été jugés et condamnés (entre 15 mois et 5 ans de prison) pour des délits politiques mineurs (collage d’affiches) et avaient fait appel auprès de la cour de Paris. En vertu de la loi du 23 août, la Cour d’appel est dessaisie au profit de la Section spéciale et malgré la faiblesse des charges retenues, ses cinq magistrats les condamnent à mort, sans possibilité de pourvoi ni recours.

Le 22 juillet 1940, Vichy avait également promulgué une loi rétroactive sur la révision des naturalisations intervenues après la loi du 10 août 1927.

 

Délation/dénonciation 2010

La délation, selon le Petit Robert est une « dénonciation inspirée par des motifs méprisables ». « La délation est une faute, car elle n'est pas fondée sur l'amour de la justice, sur la volonté de protéger les victimes ou les faibles, mais sur l'intérêt personnel »[4]. En revanche, la non-dénonciation (de crime) peut constituer un délit. Reste que la frontière entre les deux notions est floue.

Plusieurs textes législatifs ont soulevé d’importants débats sur la question ces dernières années. Le 8 juin 2006, lors d’une conférence de presse sur son bilan, le ministre de l’intérieur Nicolas Sarkozy plaide pour le recours à la dénonciation anonyme : « Je voudrais l’assouplissement de la loi de 2001 sur le témoignage anonyme. Je voudrais que puissent être témoin anonyme tous ceux qui le souhaitent et pas simplement lorsqu’il y a un risque pour leur intégrité physique ». On lui opposa la question de savoir comment un accusé pourrait se défendre sans pouvoir être confronté à son détracteur. Le 14 juillet 2007, le président nouvellement élu déclare : « la pratique des dénonciations anonymes n'est pas compatible avec l'idée que je me fais d'un Etat de droit et d'une république aboutie", sauf exceptions, notamment " à l'intérieur d'une famille, (lors de) violences sexuelles" ou encore pour la "protection, dans le cas de l'action terroriste". En dehors de cela, "si un citoyen a quelque chose à dire à la justice de son pays, qu'il le dise et la justice garantira la discrétion", ajoutant "la dénonciation comme principe, cela rappelle des heures très sombres de notre pays".

Entre temps, la loi "Prévention de la délinquance" du 5 mars 2007 ajoute au code de l'action sociale et des familles un art. L. 121-6-2 : « Lorsqu'un professionnel de l'action sociale, constate que l'aggravation des difficultés sociales, éducatives ou matérielles d'une personne ou d'une famille appelle l'intervention de plusieurs professionnels, il en informe le maire (…) et le président du conseil général. L'art. 226-13 du code pénal n'est pas applicable aux personnes qui transmettent des informations confidentielles dans ces conditions. (Art. 226-13 : « La révélation d'une information à caractère secret par une personne qui en est dépositaire par état ou par profession, (…) est punie d'un an d'emprisonnement et de 100 000 F d'amende »).

Certains y verront la remise en cause de l’éthique professionnelle des intervenants sociaux et de la protection de l’individu, ainsi que l’institution de la délation comme nouvel outil pour ces professions sous peine de sanction, dans le but de constituer un fichier des délinquants potentiels.

En décembre 2007, la police distribue des tracts invitant à témoigner les habitants de Villiers-de-Bel où, après le décès de deux jeunes dans la collision de leur moto avec une voiture de police, des policiers ont été la cible de tirs. « L’appel est gratuit, votre anonymat sera préservé. Tout élément susceptible d’orienter favorablement les enquêtes pourra faire l’objet d’une rémunération. »

En septembre 2009, le patron de la police de l’Essonne par courrier et affiches, invite les habitants à transmettre par courriels leurs dénonciations sur tous les « suspects » repérés dans les rues, ainsi que « les témoignages, photos et vidéos » qui peuvent intéresser la police. Il précise, au cas où les dénonciateurs auraient des doutes sur la déontologie ou les risques de leurs délations, que « la confidentialité est garantie »[5]

Le 5 février 2009, Eric Besson signe une circulaire permettant à des sans-papiers d’obtenir des titres de séjour en échange d’une « coopération » avec la police. « Le sans-papiers, une fois entendu par les services de l’Etat, disposerait d’un délai de réflexion de 30 jours pour lui permettre de se soustraire à l’influence de ses exploiteurs et prendre sa décision de porter plainte ». Ce n’est qu’une fois cette décision prise que « la victime pourra recevoir une carte de séjour temporaire » de 6 mois minimum, « renouvelable jusqu’à l’achèvement de la procédure judiciaire ». Si une condamnation effective est prononcée, la victime pourra obtenir une carte de résident de 10 ans, ajoute M. Besson. A la critique du MRAP estimant que faire de la délation un acte de civisme pour l'obtention d'un droit, est une « mesure moralement inacceptable, qui réveille de tristes souvenirs » et qui expose des familles restées au pays d'origine à des représailles de la part de réseaux mafieux ; il répondra " Il n'y a que des élites tordues pour parler de délation ".

 

Délation/dénonciation 1940

«  Nous sommes marqués par le traumatisme de l'Occupation. Il y a eu tellement de dénonciations de résistants, de juifs, de clandestins auprès de la Gestapo ou des autorités de Vichy que l'idée même de dénonciation est devenue suspecte »[6].

Sous l’occupation, les deux tiers des lettres de dénonciations retrouvées dans les archives étaient signées. A commencer par celles qui signalaient les juifs à la police qui les avaient "oubliés".Le gouvernement encourageait et récompensait la délation comme le devoir de l'honnête citoyen. Environ cinq millions de lettres de délation furent envoyées à la police ou à la Gestapo.

« Je montais à Saintes le cours National, 3 hommes discutaient :Thomiaux, directeur de journal, Henri de la gestapo et le directeur du Gallia. Thomiaux disait à Henri  " Vous êtes un peu dur avec les saintais...Henri lui a alors demandé de venir à son bureau et qu'il lui montrerait son courrier, un grand nombre de lettres de dénonciation écrites par des français. Il en met 80% au panier mais il lui fallait bien en garder »[7].

 

Milice 2010

Le mot « milice » est revenu à l’occasion de mesures législatives favorisant l’implication de citoyens dans « la lutte contre la délinquance », lutte appartenant exclusivement selon la loi républicaine, à la puissance publique. « L’argument de Vichy » employé à leur encontre a pu être jugé outrancier ; sous Pétain, la milice traque les Juifs et torture à mort les résistants. Mais une fois encore, c’est surtout la « continuité narrative » qui est en jeu, le fond idéologique ; en 1943 non plus, on ne présente pas la milice comme un danger pour la liberté (voir paragraphe suivant).

La loi du 5 mars 2007, dite loi de prévention de la délinquance, crée le service volontaire citoyen de police nationale, destiné à « accomplir des missions de solidarité, médiation sociale et sensibilisation au respect de la loi, à l’exclusion de l’exercice de toutes prérogatives de puissance publique » Avec l’art. 113 de la loi du 14 mars 2011 pour la performance de la sécurité intérieure, dite LOPPSI 2, les citoyens volontaires peuvent désormais faire partie de la réserve civile de la police et de la gendarmerie, au même titre que leurs fonctionnaires retraités (réserve civile créée en 2003 pour les retraités de police nationale âgés de moins de 65 ans). Le recrutement de volontaires réservistes, notamment parmi les étudiants, vise à compenser la baisse des effectifs dans la police.

Nicolas Comte, secrétaire général d'Unité SGP-Police, répond aussitôt que la sécurité ne peut être confiée "qu'à des hommes formés aguerris et aptes à répondre à toutes les situations comme le sont les policiers nationaux" et s'interroge dans un communiqué sur "cette volonté de créer un semblant de 'milices' armées et mal formées plutôt que de maintenir des policiers nationaux". Yannick Danio, délégué national du syndicat SGP-Police ajoute : « On ne va quand même pas revenir à des heures sombres de notre Histoire. »

En avril 2010, le maire (UMP) de La Crau (Var) Christian Simon, charge 200 habitants (sur 16.000) d'être ses yeux et ses oreilles sur le terrain. Son but : « Que soit développée, par la vigilance, une amélioration de la sécurité des citoyens. » Mais les « voisins vigilants » sont anonymes et le groupe a été constitué en dehors de toute délibération du conseil municipal[8].

Dans une circulaire du 22 juin 2011, Claude Guéant demande aux préfets et directeurs généraux de la police et de la gendarmerie de lui « faire parvenir, l'état d'avancement des initiatives et mesures » prises pour généraliser cette « participation citoyenne » à la lutte contre la délinquance, dont il rappelle les principes : « Les personnes volontaires seront sensibilisées en vue de l'accomplissement d'actes élémentaires de prévention tels que la surveillance des logements temporaires inhabités, le ramassage du courrier des vacanciers ; d'une posture de vigilance accrue à l'égard des comportements et événements suspects ; de l'acquisition du réflexe de signalement aux autorités compétentes de tout fait anormal. » Certains pourraient se voir accorder un statut de « collaborateur occasionnel du service public », prévu dans la loi Loppsi nécessitant la signature d'un « contrat d'engagement » et donnant droit à des indemnités.

Patrice Calméjane (UMP- Droite populaire), dépose à l’Assemblée nationale le 9 mars 2011, une proposition de loi « relative à l’instauration d’un système associant les habitants d’un quartier à la prévention de la délinquance ». Extrait : « il est proposé de consacrer en droit français la possibilité de créer des comités citoyens de surveillance. Il est, en effet, nécessaire de renforcer la participation des habitants à la vie locale et plus particulièrement à la prévention de la délinquance. Ce renforcement a été amorcé par la création du service volontaire citoyen de la police nationale institué par les lois du 18 mars 2003 et du 5 mars 2007. Il convient de poursuivre ce mouvement au niveau communal ».

La Ligue des droits de l’homme dénonce aussitôt une tentative de « légalisation de milices » « On pourra appeler ces comités comme on veut, ce seront toujours des milices de quartier, commente Patrick Lecocq, président de la LDH 33. Quelque soit l’esprit qui préside à cette initiative, quelque soit la bonne volonté des gens qui y seront associés. Le danger vient des dérives. Et il y en aura forcément. Il existe une police nationale républicaine. Il y a également des polices municipales, qui peuvent faire de la surveillance, coller des PV. Mais ces fonctions régaliennes doivent rester aux mains de professionnels agissant dans le cadre de procédures. »

Avant 2007, la principale référence à des « milices » est attaché au Service d’Action Civique (SAC) fondé en 1959, « formation conservatrice, paramilitaire, violente, anticommuniste, anti-OAS, à l'origine de nombreuses affaires politiques troubles», dissoute en 1982 après le massacre d’Auriol où le responsable SAC Bouches du Rhone et cinq membres de sa famille dont son fils de 7 ans sont sauvagement assassinés par d’autres membres du SAC.

Mais il ne s’agissait pas là de l’enrôlement, par la force publique, de citoyens dans « la lutte contre la délinquance ».

 

Milice 1940

Joseph Darnand, combattant de 1914-1918, activiste d'extrême droite, dirige la Légion française des combattants des Alpes-Maritimes, puis y créée en août 1941 le paramilitaire Service d'ordre légionnaire (SOL) fondée « contre la lèpre juive, pour la pureté française », « contre la franc-maçonnerie païenne, pour la civilisation chrétienne », etc.

Le 30 janvier 1943, le gouvernement de Vichy crée la Milice française, organisation politique et paramilitaire pour lutter contre la Résistance. Supplétifs de la Gestapo et des autres forces allemandes, les miliciens participent à la traque des Juifs, réfractaires au STO et tout « déviant » dénoncé par le régime et la population. Le chef officiel est Pierre Laval, Chef du gouvernement, mais le véritable responsable est Darnand. « Article 1er - La Milice française, qui groupe des Français résolus à prendre une part active au redressement politique, social, économique, intellectuel et moral de la France, est reconnue d'utilité publique ». Statuts annexés à la loi de janvier 1943, « Article 1er - [...] La Milice française a la mission, par une action de vigilance et de propagande, de participer à la vie publique du pays et de l'animer politiquement. Article 2 - La Milice française est composée de volontaires moralement prêts et physiquement aptes, non seulement à soutenir l'État par leur action, mais aussi à concourir au maintien de l'ordre intérieur ».

Selon Darnand, « la Milice française n'est pas une police répressive. [...] elle groupera des personnes de tous les âges, de tous les milieux et de toutes les professions, désireuses de prendre une part effective au redressement du pays. Ouverte à tous, la Milice fera retrouver aux Français cette communauté nationale [...] hors de laquelle il ne peut y avoir de salut pour notre pays. »

 

Brigades spéciales 2010

En 2010, Brice Hortefeux annonce la création de « brigades spéciales de terrain » dans certaines villes de province et de banlieue parisienne pour remplacer les unités territoriales de quartier (Uteq) créées par M. Alliot-Marie en 2008. Objectif: "mettre fin à la délinquance et rétablir la confiance avec la population". Il ajoute "ce nom n’est pas anodin".

En effet, le Parti Socialiste rappelle alors que le nom "brigade spéciale" renvoie "aux plus sombres périodes de la seconde guerre mondiale". LEXPRESS.fr fait état d'interrogations dans les rangs de la police sur la « maladresse », les "Brigades spéciales" renvoyant à la période de l'Occupation. "La seule référence historique qui tienne, fait-on alors valoir dans l'entourage de Brice Hortefeux, est celui des brigades du Tigre, Clémenceau étant un ministre républicain."

Quelques jours plus tard, néanmoins, le ministre de l'Intérieur rectifie la terminologie, il s’agit désormais de "Brigades spécialisées »et non plus spéciales.

 

Brigades spéciales 1940

Sous le régime de Vichy, les brigades spéciales avaient pour mission de traquer les « ennemis intérieurs », notamment Juifs et résistants[9] et, ajoute Jean-Jacques Urvoas, secrétaire national PS à la sécurité, elles "ont laissé dans les mémoires de l’époque (y compris parmi les policiers) un souvenir horrifié ; personne ne voulait plus les rejoindre".

En 1939 le parti communiste est interdit ; dès septembre, la police municipale de Paris met en place dans chaque arrondissement des « brigades spéciales», pour traquer ses militants, comme dans les 6 subdivisions de banlieue. En mars 1940, le directeur des Renseignements généraux (RG) met sur pied une « brigade spéciale » chargée de la répression anticommuniste.

Avec l’occupation, en juin 1940, ce système est étoffé. A partir d'août 1941, les RG vont disposer de 5 «sections spéciales», et 2 «brigades spéciales» supplémentaires : la BS1, contre les politiques et la BS2, en particulier contre les Résistants de la MOI (Main-d'œuvre immigrée). Les contacts entre le commissaire David de la BS1 et les officiers de la Gestapo sont quotidiens. « Les méthodes d’interrogatoire des BS étaient particulièrement brutales. Un policier résistant le confirme : « il s’y est passé des faits atroces : matraquages à l’aide des poings, des pieds, de nerfs de bœufs. On retrouvait les résistants menottes aux mains, jambes enchaînées, pouvant à peine se traîner, un vrai cauchemar.[10] »



[1] Marianne

[2] Le Canard Enchaîné du 20 février 2008

[3] « A propos de la loi relative à la rétention de sûreté » Aurélie La Rosa, ATER, Doctorante

[4] André Comte-Sponville LEXPRESS.fr, le 04/04/2005

[5] Claude-Marie Vadrot, 19 septembre 2009 Les blogs de Politis 

[6] André Comte-Sponville LEXPRESS.fr, publié le 04/04/2005

[7] Sigaud « Le piège des loups » Stock 2012

[8] 01/02/2011 Mathieu Deslandes Journaliste Rue89

[9] « Policiers français sous l'Occupation, d'après les archives de l'épuration », Jean-Marc Berlière, avec la collaboration de Laurent Chabrun, Ed. Perrin. [9] Extrait de L’Affiche rouge, Adam Rayski, 2003

[10] Renaud Lecadre, Libération 12.10.07 citant Jean-Claude Maurice, « Si vous le répétez, je démentirai... » Plon 2009

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