l'autre soir, je lisais "Archanges" de Velibor Colic (ed Gaïa) en vue d'une rencontre avec lui au festival Est-Ouest de Die -qui comme son nom l'indique mêle artistes de l'est et de l'ouest, on y parlera entre autres littérature et guerre- et comme ça, au débotté (orthographe non vérifiée), me souvenir pourquoi j'aime tant ça, parfois, lire ; quand il y a une vraie langue, de quelqu'un d'autre, le bonheur d'être nourrie par une autre langue, une autre façon de faire ses phrases, de mettre les mots ensemble, de les réunir, dont je serais bien sûr incapable et réciproquement. Ca a toujours été ça, depuis le début, entendre le monde qui nous est commun, traduit d'une autre manière -la singularité. Parce que ça me fait venir d'autres pensées, d'autres images ; seule avec ma seule langue pour traduire le monde, c'est effroyablement insuffisant. J'aime que d'autres se mettent à leur table de travail et eux aussi en écrivent un morceau, ça me fait du bien quand ce n'est pas du cliché, du déjà dit, du pipi de chat, de la fausse langue. A quoi reconnaît-on une "fausse" langue d'une "vraie"? Bonne question Watson, trop longue pour être débattue ce soir. Disons pour l'instant que la première je la connais déjà, je l'ai déjà lue et entendue, elle ne me dit rien. La seconde m'étonne, m'oblige à tendre l'oreille, me fait dire "tiens, je n'y avais pas ou jamais pensé", me tend des façons de penser et de voir auxquelles je n'avais jamais pensé. Le plus souvent je me fiche un peu du "thème" (et encore plus du "je t'aime" que certains auteurs entendent sussurer à l'oreille de leur lecteur), c'est juste la langue. Tout ça pour dire que Velibor Colic en a une, justement.