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la litterature contemporaine est un des portails vers le monde contemporain ; litterature comme décolonisation interieure

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Auto-promotion / Inventaire / 1998 - Blue Moon

Puisque l'existence d'internet fait désormais resurgir comme s'ils avaient été écrits dans la semaine, des articles publiés il y a 15 (!) ans, je profite de ces remontées de traces pour démarrer un inventaire aléatoire (un jour je rangerai les articles de ce blog par catégories)

 

La rentrée littéraire est décidément florissante et réussie. Beaucoup de bons romans. Et une médiatisation, sur l’un d’eux, excessive (il parlait de Houellebcq). Premier inventaire.

Par Hervé Delouche| 1er octobre 1998

 

Extrait

" Dominique Sigaud partage avec les deux auteurs précédents (Houellebcq et Eric Holder) le goût de l’exactitude, d’une écriture précise qui prennent acte d’un réel longtemps absent de la littérature française. Mais cette journaliste de formation n’a jamais été très à l’aise dans l’étroit cadre de l’Hexagone. Côté littérature, elle fut un des seuls écrivains à mettre en scène la guerre du Golfe, présentée comme virtuelle mais aux cadavres bien réels, dans son premier roman, l’Hypothèse du désert. Avec la Vie, là-bas, comme le cours de l’Oued, elle réussit à évoquer la terreur en Algérie, vérifiant une fois de plus, avec talent, les propos d’Aragon sur le roman, ce mentir-vrai, davantage capable d’éclairer le monde aux yeux des hommes que bien des enquêtes ou des documents. Sous couvert d’un titre plutôt cool jazz, Blue Moon, Dominique Sigaud nous parle cette fois depuis un autre lieu de l’enfer : le couloir de la mort de Huntsville, Texas. Quand le livre s’ouvre, il est 0 h 25 le mardi 17 juin 1997 et on vient d’exécuter Aaron Robbins, un Noir condamné à mort il y a vingt ans pour le viol et le meurtre d’une femme blanche. L’auteur n’a pas choisi, dans un vaste flash back, de nous narrer la vie entière du condamné ; elle a préféré alterner des chapitres d’avant et pendant la prison, mettant en lumière des scènes du passé et fouillant en profondeur le personnage, à travers ses rêves, ses rencontres, ses réminiscences, ses actes. Au plus près des protagonistes, de leur quotidien, les mots disent les psychologies et les comportements, les pulsions de vie, de liberté, d’amour et de mort. Ils parviennent à traduire l’indicible : l’époustouflant et poignant récit par Robbins de son propre crime, mais aussi la découverte de ce terrible secret qu’est l’inceste paternel. S’y mêlent les choses vues en prison, les récits des morts en sursis qui témoignent de l’absurdité et du cynisme du monde : " On ne tue pas impunément ", répétait Billie Bill qui en savait quelque chose ; combien d’hommes avait-il tués pendant la guerre ? Il ne savait pas, mais leurs chefs avaient dit, pour les exciter, vous êtes les héros vivants du monde libre et il les avait crus ; à son retour, il avait tué deux caissiers de banque à coup d’arme automatique mais c’était une erreur, le monde libre n’aime pas qu’on touche ses banques... Sur un sujet aussi difficile, traité par de rares Américains (Jim Nisbet, Stewart O’Nan...), on tient avec Blue Moon un roman français d’une force peu commune ".

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