Tous les samedi matin, j'achète quelques légumes frais dans chez un primeur d'Aix en Pce. L'endroit est fréquenté assez chic, comme le quartier. La semaine dernière, un britannique très chic, éleveur de chevaux de race me passe devant éhontément, le client précédent le lui signale, il fait le sourd, finit tout de même par s'excuser après avoir payé ses achats -devant moi, donc. Je lui réponds "vous êtes simplement mal élevé". Aujourd'hui, toujours devant la caisse enregistreuse, un homme jeune de "bonne" tenue vestimentaire voyant qu'un papier (genre A4, très blanc, pour entourer les fromages) est tombé devant lui, le pousse brutalement du pied. Je me penche, ramasse ledit papier, le pose, regarde ledit Monsieur de bonne extraction. "Ce n'est pas moi qui l'ai fait tomber" me dit-il l'air mécontent. J'éclate de rire "ce n'est pas un raison". Il part. La caissière marmonne, je lui dis "pardon d'avance pour ce que je vais dire… en ce moment, plus ils sont riches, plus ils se comportent mal". Elle sourit "Oui, moi, ils me font peur" (sic). Elle continue "si vous saviez…". "Vous n'imaginez pas comment ils sont". "Vous en pouvez pas savoir comment ils nous regardent". "Ils me font peur", répète-t-elle. Ca me touche, c'est ce que j'ai éprouvé un instant moi aussi. Pourquoi? Qu'est ce qui me fait peur et qui fait peur à cette femme? Peut-être cette morgue -et surtout ce désormais subtil et implicite message : j'ai de l'argent, beaucoup, je fais partie des classes (très) aisées, cet argent remplace désormais cette bonne vieille loi symbolique qui nous demandait -à juste titre- de nous "tenir" quelque soit notre milieu d'origine, selon des fondamentaux que nous avions tous en commun. Terminé. Une loi désormais pour les classes aisées, la leur ; une autre pour la voletaille. C'est cette obscénité peut-être qui fait peur -et le fait qu'ils ne se sentent plus tenus de se soumettre à la loi commune.
A la radio, un ouvrier d'une de ces usines qui profite de la crise pour dégraisser sauvagement a dit hier "ils ont plus que des dollars dans la tronche", "ils ont plus que ça". A chaque fois je me demande par qui ces gens ont été "élevés", dans quelles familles, où on leur transmettait quoi, dans quelles ("grandes") écoles aussi, où on leur a dit quoi?, laissé entendre quoi de la place qu'ils occupaient? -au point que justement, ils n'estiment plus nécessaire d'être -bien- "élevés".