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la litterature contemporaine est un des portails vers le monde contemporain ; litterature comme décolonisation interieure

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"Franz Stangl et moi" vu par Bernard Loupias du N.Obs

Dans sa critique de "Franz Stangl et moi"; B. Loupias affiche en conclusion une opinion qui m'a surprise mais a eu le mérite d'éclaircir certains des sous-entendus auxquels j'ai pu avoir droit ça et là. Je le cite :

 

"Le malaise naît quand on lit (sous ma plume) "je voulais savoir ce que nous avions en commun. La proximité entre Franz Stangl et moi". Que la bête humaine soit capable du pire, on le sait, mais là, on recule, reprend B.Loupias. Dans "Jan Karski" au moins Yannick Haenel  célébrait-il le nom d'un Juste, alors que celui de Stangl mérite d'être effacé à jamais".

 

J'ai déjà entendu quelque part, cette sorte de "c'est pas bien de s'intéresser aux méchants ; les méchants sont méchants alors c'est pas bien d'en parler". Un sorte d'interdit de travailler et de penser à un endroit où précisément me semble-t-il, il importe encore et encore de travailler et de penser : cette part de la culture (inculture?) humaine qui nous conduit à fomenter les pires entraves contre l'humanité que nous avons en commun.

 

A qui B. Loupias adresse-t-il cet interdit de penser? A qui fait-il la promesse que lui au moins ne s'intéressera jamais à un nazi? (Je vois mal comment on peut avancer sur cette question sans y travailler ..)

 

Et puis, il y a ce "on" devenu le sujet des phrases de Monsieur Loupias. Qui est-il? A la place de quoi ou de qui Monsieur Loupias le met-il? De "je"? Pourquoi serait-ce compliqué d'écrire "je" ?

 

Son commentaire, en tout cas, a le mérite d'expliciter une critique qui m'est adressée pour le fait même d'avoir travaillé sur un nazi. J'entends que pour faire partie des "gentils", des bien élevés, des gens corrects, il ne faut pas mélanger sa plume à celle de ces fonctionnaires du gazage des innocents. Montrer que l'on n'a rien à voir avec eux. Donc ne pas en parler. Ou ne pas en parler, peut-être, pour ne pas les faire exister : le nom de Stangl mérite d'être effacé à jamais? Je ne crois pas. Le nom de Stangl doit être au contraire travaillé et retravaillé, par ceux ou celles qui en ont envie, pour savoir de quoi est fait ce nom, ce qu'il contient.

 

Ce genre d'interdit au nom des "bonnes moeurs intellectuelles et culturelles" me fait aussi peur que ces phrases consistant à traiter de "monstre" quiconque dépasse les bornes de "l'acte, du crime, etc.. pour ne surtout pas voir ce que nous avons en commun avec lui.

Ce que j'appelle "désir d'ignorance" est alors à l'oeuvre, me semble-t-il.

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J
<br /> Madame,<br /> <br /> Il y a quelques heures, j’ai refermé (rassurez-vous, sur sa dernière page) Franz Stangl et moi.<br /> Dès les premiers moments de lecture, et dans une croissance jamais interrompue, j’ai senti monter en moi un très grand et très joyeux MERCI.<br /> Merci, pour l’intelligence (intelligere : capacité à comprendre) ; la votre, qui par l’émotion transmise –et non le seul discours- a fait croître la mienne.<br /> Merci, pour le plaisir, d’où mon Merci joyeux, quoiqu’il puisse sembler paradoxal de parler de plaisir.<br /> Plaisir de m’être trouvé face à (au coté de, avec, dans…) la littérature, et ce qu’elle peut.<br /> <br /> Bientôt, les témoins directs, victimes et bourreaux, auront tous disparu.<br /> Ce sera désormais à la littérature, et au roman, de prendre le relais. Il ne témoignera pas. Ce relais sera d’un autre ordre, qui reste à inventer.<br /> Merci d’avoir eu le courage de cette invention. D’avoir assez cru à la littérature pour vous engager dans cette voie.<br /> Les bourreaux n’ont –à ma connaissance- pas témoigné. Ils détenaient pourtant quelque chose d’essentiel pour la compréhension de l’humain. C’est au roman de travailler cette question.<br /> Merci de l’avoir fait, et avec quelle probité !<br /> JVV<br /> <br /> <br />
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