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la litterature contemporaine est un des portails vers le monde contemporain ; litterature comme décolonisation interieure

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"VS 2 " : la droite attaque ses opposants à coups de Vichy

Vichy, de Sarkozy à ses opposants

 

Avant 2007 déjà, « l’argument de Vichy » fonde la critique contre certaines pratiques d’Etat ; ici par exemple, en 2006 : « La répression de l’immigration illégale telle qu’elle est conduite par le Ministre de l’Intérieur (Nicolas Sarkozy) et les procédés qu’elle met en oeuvre (…) évoquent inévitablement, aux yeux de certains de nos concitoyens, les années noires de 1940-1944 et le sombre souvenir des persécutions antisémites » écrit l’ethnologue Emmanuel Terray, directeur d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociale[1]. Sur le terrain et sur internet, l’argument est également repris ça et là par des militants, défenseurs des droits de l’homme, etc.

Puis le candidat Sarkozy lui-même, pendant la campagne de 2007 multiplie les rappels à la période de Vichy, d’abord sous forme d’une valorisation de la résistance : après plusieurs références à Guy Môquet, il se rend le 4 mai aux Glières, puis le 6 mai, au monument de la cascade du Bois de Boulogne où des résistants ont été abattus en 1944. Mais, dans le même temps, en rupture avec Jacques Chirac, il amorce dans son récit fait à la France un glissement important : « Ici, on n’aime pas la repentance, cette mode exécrable qui veut faire expier aux fils les fautes supposées de leurs pères (…) qui est un dénigrement systématique de la France et de son histoire. Je déteste cette repentance qui est une forme de la détestation de soi parce que l’on n’a qu’un pays. Le détester c’est se détester soi-même », discours du 17 avril 2007.

Se repentir signifie « ressentir le regret d’une faute, accompagné du désir de ne plus la commettre, de réparer ». Reconnaître les fautes de la France, selon ce glissement, reviendrait à ne pas aimer la France. Mêler au sein d’un même discours, ce motif et la valorisation de la résistance, impose une injonction paradoxale (voir en conclusion). Phase 1 : Les résistants doivent être un modèle pour nous (or ces hommes ont donné leur vie pour s’opposer à l’Etat français à raison des fautes qu’il commettait). Phase 2 : ceux qui estiment que le France a commis des fautes, détestent la France. Je laisse au lecteur la liberté de conclure.

Le 4 octobre 2011, dans les Cévènnes, Nicolas Sarkozy loue encore la mémoire d'un pasteur ayant appelé en 1942  à «ne pas plier devant la politique de Vichy et résister à sa politique antisémite. (…) Résister, ce mot est à lui seul, pour une famille comme un pays, le plus bel héritage.» Mais dans le même temps, il développera des choix politiques multipliant à son égard, y compris de la part de résistants historiques, les accusation de « vichysme rampant ».

 

« Je comprends aisément pourquoi le parallèle entre 1942 et 2007 fait peur à mes confrères, écrit le journaliste Daniel Schneidermann en septembre 2007. Moi aussi, ce parallèle me tétanise. Qu'il vienne et revienne à l'esprit, à la faveur de telle ou telle image (des objectifs chiffrés d'expulsions … des convocations-piège à la préfecture) et le premier réflexe est de le chasser aussitôt de son esprit. Les situations ne sont pas comparables. Rien à voir. Les raflés ne sont pas envoyés à Auschwitz. Ils disposent en France de tous les recours d'un état de droit. Le pouvoir qui a donné ces consignes a été légitimement élu. Etc. Pourtant, le pouvoir, lui, ne s'en prive pas, de ce parallèle. La référence abusive à l'Occupation se niche dans chaque recoin du discours sarkozyste.[2] » Ainsi fonctionne ce que j’appelle « le piège » : la référence a bien lieu mais quiconque la souligne, éprouve aussitôt une forme de culpabilité.

 

la droite aussi utilise Vichy .. contre ses adversaires  

Et tandis que « l’argument de Vichy » vaut à ceux qui l’emploient de cinglantes réponses sur leur supposée malhonnêteté intellectuelle, le pouvoir (au sens large) n’hésite pas à  reprendre le même argument à son compte ; nouveau paradoxe…

 

Interrogée sur la plainte déposée par Nicolas Sarkozy contre le site du Nouvel Observateur -qu'il accuse de “faux” à propos d'un SMS-, son épouse déclare : « Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu’en aurait-il été des dénonciations de juifs ?… »
[3] Claude Guéant, cette fois, ne relève pas. Trois jours après, le secrétaire d'État UMP Roger Karoutchi compare les mêmes "attaques" [publication du SMS] à celles subies par Jean Zay "mi juif, mi protestant" assassiné par la milice de Vichy en 1944. Cette fois, la fille de ce dernier, Hélène Mouchard-Zay, répond « Je ne peux taire mon écœurement devant cette assimilation entre, d'un côté, les mises en cause du comportement politique de M. Sarkozy et, de l'autre, les attaques antisémites et les appels au meurtre (…) qui, se poursuivant sous Vichy, désignèrent Jean Zay aux coups de ses assassins. Que M. Karoutchi s'abandonne à un total confusionnisme politique et historique, c'est son affaire, et chacun pourra en penser ce qu'il voudra. Mais je refuse à ce Monsieur le droit d'instrumentaliser l'histoire tragique et la mémoire de mon père »[4].

A l’université d’été du Medef en août 2009, Nicolas Sarkozy déclare « A quoi sert-il d’expliquer à nos enfants que Vichy, la collaboration, c’est une page sombre de notre histoire, et de tolérer des contrôles fiscaux sur une dénonciation anonyme, ou des enquêtes sur une dénonciation anonyme ? ». Le 6 juillet 2010, le secrétaire général de l'UMP Xavier Bertrand, accuse Mediapart : « Un site qui utilise des méthodes fascistes à partir d'écoutes illégales » ; « Méthodes collaborationnistes » préfère le député UMP-Droite Populaire Eric Raoult. « Est-ce que la liberté d'expression existe ou pas pour les hommes politiques ? » s’insurge X. Bertrand après avoir été attaqué en diffamation par Mediapart, sous-entendant qu’on lui dénie le droit de porter cette accusation.

 

Fin septembre 2010, après publication du livre de l’ancien ministre Martin Hirsch[5], Jean-François Copé l’accuse de «délation», et invoque les «Justes» qui ont sauvé leurs parents juifs de la barbarie nazie. « Venant de celui qui s’est dit «scandalisé» par l’évocation de Vichy à propos des expulsions de Roms, cette surprenante évocation semble trahir une perte de sang-froid »[6].

   

Vichy-Sarkozy ; comparaison passible de justice (pour certains)  

(article repompé par un journaliste de rue89)

La référence à Vichy, utilisée cette fois comme argument critique par des militants et opposants politiques, en conduira quelques-uns devant les tribunaux. Mais dans certains cas seulement.

Quelques militants ont été condamnés symboliquement par la justice pour diffamation d'administrations publiques après avoir comparé leurs actions à celles de Vichy. Romain Dunand, de RESF[7] Jura, est condamné à 800 € pour avoir adressé en décembre 2006 au ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, un courriel « Voilà donc Vichy qui revient : Pétain avait donc oublié ses chiens ! », après l’interpellation d’un instituteur ayant suivi le véhicule de police emmenant pour expulsion le père de deux enfants scolarisés à Marseille. Le 26 novembre 2007, la cour d’appel ramène l’amende à 600 €.

Choquée par l’expulsion d’une jeune Géorgienne, en décembre 2007, Simone Levavasseur, militante associative écrit au Préfet de Haute-Saône que « par de tels actes, il « déshonorait la France » ; « Il ne faut pas être profondément d’origine française pour ne pas le comprendre, ou bien être nostalgique de la période hitlérienne ». Elle sera condamnée à 300 € d’amende transformés en sursis à l’appel.

 

En revanche, les hommes politiques, journalistes et intellectuels ayant fait ces comparaisons n’ont pas fait l’objet de plaintes.

 

Le 25 octobre 2009, Pierre Laurent, alors numéro deux du PCF, fustige un «retour du pétainisme le plus nauséabond» lors du lancement par Eric Besson du débat sur «les valeurs de l'identité nationale».

Le 6 Août 2010, l’ancien premier ministre socialiste Michel Rocard, sur la proposition de  loi instaurant la responsabilité pénale collective pour les parents de mineurs délinquants (voir plus bas) déclare : « On n’avait pas vu ça depuis Vichy, on n’avait pas vu ça depuis les nazis ».

L’anthropologue Emmanuel Terray qui publiait en octobre 2006 « 1942-2006 : réflexions sur un parallèle contesté » dans lequel, tout en reconnaissant qu’« il existe entre les deux épisodes des différences considérables [qu’] il serait absurde de [...] nier », affirme la « légitimité » de la comparaison de la politique actuelle envers les étrangers et de la politique anti-juive du gouvernement de Vichy, revient en 2008 sur le sujet : « J’ai précisé dans quelles limites je faisais ce rapprochement. Il n’y a pas de comparaison possible si l’on prend les deux situations globalement : la période de Vichy est marquée par l’extermination. Mais si l’on compare le rôle de la police et de l’administration françaises, les similitudes sont beaucoup plus nombreuses. Dans les deux cas, la puissance publique a désigné un groupe d’indésirables qu’il fallait mettre à l’écart dans la société. Les contrôles d’identité, les rafles, les convocations piège et les arrestations dans les écoles sont les mêmes pour la police française pendant l’Occupation. »

Leurs propos n’ont pas donné lieu à des poursuites.

 



[1] Son texte dont Le Monde refusa la parution, a été publié le 15 octobre 2006 sur le site du Cedetim
[2] http://arretsurimages.net/, 30 septembre 2007 
[3] L'Express du 13 février 2008
[4] Nouvelobs.com | 18.02.2008
[5] « Pour en finir avec les conflits d’intérêts »
[6] Alain Auffray, Liberation, 29.09.2010 
[7] Réseau Education Sans Frontière

 

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